Ynis Witrin v3

Les armées démoniaques assiègent le Continent, mais une île résiste toujours
 
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 Les Contes et les Fables d'Ynis Witrin

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Stellae
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En deux mots : Déesse du temps et des Etoiles, Protectrice d'Ynis Witrin
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MessageSujet: Les Contes et les Fables d'Ynis Witrin   Mer 6 Aoû - 13:51

Tout au fond de la bibliothèque, sur une étagère discrètement placée, se trouve les livres les plus importants de l’île. A ne pas laisser entre toutes les mains. Parmi ceux-là, l’un d’entre eux intrigue davantage encore par son épaisseur, son odeur vétuste et sa reliure en cuir. En lettre d’argent, la calligraphie stylisé d’un des premiers intellectuels se découvre à la vue :


~.*.~ Les Contes et les Fables d’Ynis Witrin ~.*.~



Il faut manipuler avec précaution tant les pages ont subi les assauts du temps. Les écritures diffèrent presque à chaque légende et c’est ainsi que l’on comprend. Toutes ces légendes revues, parfois annotés ont été ajoutées aux premières au fil des ans par la main d’autres personnes. C’est sans doute le recueil le plus complet qui puisse exister. Mais entre la légende et la réalité, il n’y a parfois qu’une très mince frontière.

Saurez vous faire la différence ?


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Stellae
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MessageSujet: Re: Les Contes et les Fables d'Ynis Witrin   Jeu 14 Aoû - 19:53

Le conteur:


Chapitre I:

La légende des Quatre Soeurs


Cette histoire remonte à une période ancienne appelée le temps du rêve. A cette époque, le monde existait déjà mais il n’avait pas la forme que nous lui connaissons aujourd’hui… Voici ce que l’on en dit :

Le temps du rêve naquit le premier, qui cultivait la paix sans contrainte, sans peur et sans vengeur ; le pin n’avait pas encore été abattu pour descendre de sa montagne vers les flots azurés, et mille chemins sur mer et sur terre ne s’étaient pas ouverts pour mener à d’aventureuses morts. Le cheval ne mordait pas le mors d’une bouche domptée ni n’arpentait la terre sous un insensible cavalier recherchant voyage et aventure, et le taureau n’avançait pas de son pas pesant sous un joug. En ce temps n’existaient ni guerre, ni colère, ni mortelle épée forgée par un cruel forgeron à l’art inhumain. L’homme et la nature vivaient en harmonie, jusqu’à une époque qui fut une sorte de charnière avec notre ère.
Arriva un temps où les hommes déjà rongés par les tourments se détournaient de l’âge ancien, l’âge d’or du temps du rêve ; à ce moment, l’Epopée des Quatre Sœurs commença.
A la frontière de ce temps du rêve vécurent, dans le dernier village avant le bout du monde, quatre sœurs, dont on pensait qu’elles possédaient un trésor précieux. Elles s’appelaient Sind’erella, Merenwar, Melwasul et Nagathrem. Nul ne savait plus quand elles avaient ouvert pour la première fois les yeux sur la fine poussière rouge de la terre et sur la lueur aveuglante du ciel. On murmurait qu’elles devaient cette longévité à un lointain ancêtre, et que c’était de cet ancêtre qu’elles tenaient leurs dons.
Car leurs dons étaient multiples… Et ce sont ces dons qui ont causé l’Epopée des Quatre Sœurs, ainsi que l’oubli de leurs bienfaits passés : elles avaient appris en des temps immémoriaux aux habitants de leur village des arts que, malgré leur pourtant immense culture, ils n’avaient pas soupçonnés ; en effet, elles étaient l’aboutissement de la lignée du premier chamane, ni homme ni dieu, mais au savoir supposé infini qu’il avait transmis à ses descendantes.
Un jour qui avait commencé comme tant d’autres, un jour qui aurait dû être offert à l’art et au bonheur, un jour vint qui fut donné à la peur. Car à l’entrée de ce village des Quatre Sœurs, on découvrit une empreinte. Gigantesque, titanesque. Peut-être l’empreinte d’un animal dépassant en taille tous ceux que l’on connaissait. Terrifié, l’homme qui le premier l’avait aperçue se rua à la recherche des Sœurs, car c’était à elles que les mortels confiaient le soin de ce qui les dépassait, et ne put s’exprimer clairement quand il les trouva à l’entrée de leur humble hutte (car en rien elles ne cherchaient à se distinguer de ceux avec lesquels elles partageaient le village, même si devant elles, les hommes croissaient et tombaient comme le blé d’hiver). Aussi les Sœurs le suivirent-elles et arrivèrent-elles devant l’objet de son effroi. C’était une longue empreinte, fine et profonde comme un sillon laissé par le soc d’une charrue dans une terre meuble. La poussière rouge du sol l’avait conservée grâce à une nuit sans vent. Les sœurs, pour la première fois, ne surent que répondre aux questions qui leur étaient posées, et ne purent faire face au désarroi des habitants de leur village. A coup sûr cependant il s’agissait d’une créature plus grande que toutes celles qu’elles connaissaient, et elles-mêmes ne savaient que penser de l’apparition de telles empreintes sans qu’aucun autre signe ne fût découvert.
Demandant aux habitants de retourner à leurs occupations normales, les Quatre Sœurs se mirent à la recherche dans les alentours de tout ce qui pouvaient indiquer quoi que ce soit au sujet de la bête. Elles sentaient que cet animal, si c’en était bien un, les dépassait, et n’accordaient que plus d’attention à sa recherche. Quand Melwasul trouva une seconde empreinte, puis toute une série d’empreintes identiques à la première, les Sœurs sentirent qu’elles pourraient peut-être démêler l’énigme de l’existence de cette créature. Les empreintes indiquaient en effet, pour la plupart, une direction unique. La direction du bout du monde.
Les sœurs rentrèrent au village et l’annoncèrent sans malice (car la malice n’existait pas encore) aux villageois. Le désarroi de leurs visages se mua en terreur. Ils craignaient ce que les Sœurs ne connaissaient pas, car jusqu’ici elles les avaient toujours aidés à tout comprendre. Et dans le cas de cette bête qu’ils ne connaissaient pas, elles ignoraient tout d’elle. Aussi, ils les supplièrent de se mettre en quête de la Bête. Devant leur peur, à laquelle elles ne savaient comment réagir, elles acceptèrent, et ce fut le début de la fin du temps du rêve.
Le soir même, Sind’erella, la première des Quatre Sœurs, partit en direction du bout du monde, promettant un prompt retour. Elle partit alors que le Soleil disparaissait derrière les monts qui se découpaient sur l’horizon dans une lumière sanguine, face à elle. Les jours s’écoulèrent, chacun augmentant la peur, qui se mua en terreur, puis en panique soigneusement refoulée. Chaque matin dès l’aube, les yeux se tournaient vers le bout du monde, cependant que Sind’erella ne revenait pas. Mais Sind’erella avançait chaque jour vers son but, en droite ligne vers la fin de ce qui existait.
Elle arriva ainsi jusqu’à la mer, et au-delà de la mer se trouvait une autre terre. Elle ne la voyait pas, mais elle la sentait. La Bête n’était pas sur les terres qu’elle avait traversées, elle était donc ailleurs. Dans cette direction précise. Au-delà de la mer. Au-delà des brumes qui masquaient l’horizon.Là-bas était la réponse à toutes les questions, à toutes les incertitudes. Elle laissa alors sa pensée vagabonder, franchir cette mer, se figurer ce qui l’attendait après le bout du monde. Et l’esprit de la Bête la frappa, la happa, l’enveloppa, et elle sut qu’elle était au-delà de ce qu’elle connaissait, quelque chose qui dépassait l’homme et le chamane, terre et ciel, vie et mort. Comment elle passa la mer, elle ne le sut jamais, mais elle arriva sur une terre jusqu’alors inconnue, au-delà de ce que l’on pensait être le bout du monde, et elle vit ce qu’elle cherchait.
Je l’ai trouvé. Son haleine gèle le feu et embrase la glace. Ses yeux rougeoient et foudroient, ses ailes sont comme d’immenses pièces de toile, fines et robustes. Ses griffes s’enfoncent en terre comme le soc d’une charrue et labourent le sol à chacun de ses pas, sa queue fend l’air à son envol. Il est plus beau que la lumière du jour, il rayonne plus encore que le Soleil à chacun de ses mouvements ; même dans l’ombre la plus profonde il répercute une douce lumière qui rassure et réconforte. J’ai trouvé le dragon.
Les jours passaient, Sind’erella ne revenait pas. La panique devenait pratiquement palpable, et les trois Sœurs restantes ne parvenaient plus à calmer les habitants de leur village. C’est pourquoi elles acceptèrent de les laisser former une expédition qui partirait en quête de Sind’erella, à condition qu’elle suive un chef comme les habitants du village suivaient habituellement les Soeurs. Dès le lendemain, une fois sacré le meneur du groupe, la colonne s’ébranla, car chacun avait déjà organisé, à l’insu des Sœurs, le départ de certains des leurs en direction du bout du monde. Ils franchirent la montagne et parvinrent à la plaine, marchèrent encore et encore, quand au loin ils aperçurent enfin une silhouette nimbée de Soleil, drapée d’un arc-en-ciel, qui avançait vers eux dans la lueur du couchant. La vaste plaine qu’ils parcouraient faussait leur appréciation des distances, et ils ne rejoignirent Sind’erella que le lendemain à l’aube.
La nuit avait passé sur leur peur, qui avait grandi d’autant. Sind’erella ne sut leur dire ce qu’ils voulaient entendre, et de fait eux-mêmes ne savaient pas ce qu’ils voulaient entendre. Aussi, pour la première fois, un homme vivant pendant le temps du rêve céda à la colère, et ceux qui l’entouraient le suivirent, car les hommes sont aisément corruptibles. Qui armé d’un bâton de marche, qui armé d’un boomerang, jusqu’alors destiné à de plus doux loisirs, qui armé d’une pierre, tous d’un seul mouvement furent entraînés par une sombre ire, injustifiée, brutale.
Ce fut le premier meurtre, et dès lors la terre entière allait s’en trouver ravagée. Ils revinrent au village en prétendant ne pas avoir vu revenir Sind’erella, et de fait nul ne la retrouva, car ils avaient caché le corps de la première des Quatre Sœurs ; ainsi la malice naquit à son tour. Aussitôt Merenwar, la seconde des Quatre Sœurs, annonça son départ, et elle partit à la recherche et de la Bête, et de sa sœur.
Et, seule comme sa sœur avant elle l’avait été, elle partit vers le couchant, traversa la montagne, traversa la plaine, et arriva sur une longue grève de sable, au bord de la mer du bout du monde connu, voilée de ses blanches brumes. Comme sa sœur avant elle, elle offrit son esprit au dragon, et comme sa sœur avant elle, elle passa la mer et ses brumes pour prendre pied sur une terre inconnue, portée par un élan irrépressible sur les ailes d’un vent qu’elle ne connaissait pas, et elle vit ce qu’elle cherchait.
Je l’ai trouvé. Plus gracieux qu’un cygne, plus souple qu’un serpent, aveuglant comme la lueur du ciel. Quand il ouvre les yeux, le Soleil trouve deux frères ; quand il les ferme, la nuit perd ses plus belles étoiles. Il est immense, ses épaules soutiennent la voûte céleste, son échine parcourt l’air, ses griffes se plantent profondément dans la poussière du sol. Il respire l’assurance, et sa voix est douce quand il s’adresse à moi. J’ai trouvé le dragon.

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Dernière édition par Stellae le Jeu 14 Aoû - 19:55, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les Contes et les Fables d'Ynis Witrin   Jeu 14 Aoû - 19:53

Les jours de nouveau passaient au village dans une étrange agitation, l’agitation de la fièvre ; les deux Sœurs qui y étaient demeurées, Melwasul et Nagathrem, l’expliquaient par la peur qu’elles supposaient être celle des habitants du village, tandis que les hommes masquaient par cette agitation leur confusion. En effet, que faire de la Sœur partie à la recherche de ce qu’ils savaient être un dragon, autrement dit pour eux une abstraction dont ils n’avaient connaissance que par les dernières paroles de Sinderella ? Merenwar ne trouverait pas sa sœur, mais trouverait le dragon, car ce que l’une des Sœurs accomplissait, les autres pouvaient sans peine aucune le reproduire parfaitement. Et le dragon lui apprendrait que Sind’erella était parvenue jusqu’à lui, et qu’elle était ensuite repartie vers le village… Et Merenwar se rendrait ainsi compte que sa sœur avait disparu sur le chemin qu’elle-même avait parcouru à sa suite… Et que, puisqu’elle ne l’avait pas croisée ni même entrevue dans cette vaste et plane étendue, Sind’erella n’avait pas disparu de son plein gré, et par conséquent qu’une active malice avait vu le jour… Merenwar devait mourir pour que soit préservé leur honteux secret.
L’expédition revit le jour, le meneur en fut de nouveau sacré, et la colonne de nouveau s’ébranla rapidement vers le Soleil couchant et le bout du monde. De nouveau ils franchirent les montagnes et passèrent dans la plaine, de nouveau vers eux s’avança la silhouette de l’une des Sœurs ; de nouveau la violence jaillit du bras des hommes, et de nouveau la mort ternit le regard de l’une des Quatre Sœurs. De nouveau une mortelle dépouille fut dérobée aux regards, et de nouveau le mensonge souilla la bouche des hommes.
A son tour Melwasul partit. A son tour elle parcourut la montagne et la plaine, à son tour elle parvint au bord de la mer. Assise face aux flots, sur un embarcadère de bois semblant ne mener nulle part, le vent soulevant ses cheveux tressés finement, elle regardait un horizon brumeux, et l’horizon brumeux l’appelait, et la mer s’ouvrait devant elle, et le vent l’emporta par delà le bout du monde connu et ses brumes, et elle arriva devant lui.
Je l’ai trouvé. Il gît devant moi, vaincu par l’épuisement. Il a fermé les yeux, et sa respiration s’est amplifiée. Son souffle brûlant soulève la poussière du sol, ses muscles tressaillent au rythme de ses songes. Il est calme, il est apaisé ; il luit encore doucement, et il transforme la lumière du Soleil autour de lui. J’ai trouvé le dragon.
L’expédition devenue presque habituelle s’était ébranlée afin de retrouver la troisième Sœur ; personne, hormis Nagathrem, n’était dupe au village : il s’agissait juste de les empêcher de se parler, il s’agissait de les empêcher de découvrir que Sind’erella et Merenwar n’étaient plus, il s’agissait de tuer Melwasul. Et effectivement ils la trouvèrent, et ils la tuèrent comme ils avaient tué ses deux aînées.
Et à son tour Nagathrem partit, car seule parmi tous elle croyait ses sœurs encore vivantes. Elle partit, plus vite encore qu’elles ne l’avaient fait, vers le bout du monde, avec deux simples mots adressés au village : je reviendrai. Cette promesse en fit sourire beaucoup, et elle se méprit sur ce sourire, comme elle s’était méprise sur l’agitation qui régnait au village avant le départ de l’expédition qui était censée ramener Merenwar. La malice galopante s’était répandue.
Nagathrem suivit le chemin parcouru par ses sœurs, et parvint comme elles à la mer, au bout du monde connu et aux brumes mystérieuses, par delà les montagnes et par delà la plaine. Et d’au-delà la mer et son voile léger vint un zéphyr qui la souleva et l’entraîna vers la terre du dragon, loin dans la direction du Soleil couchant, loin du monde jusqu’alors connu, et elle arriva devant le but de leur quête.
Je l’ai trouvé. Là, devant moi. Etincelant de splendeur, miroitant de beauté. Ses ailes s’étendent et se déploient, il fend l’air et s’arrache à la terre. Effilée sa tête, effilée sa queue, affilées ses griffes, élancé son corps, fines ses pattes, jamais je n’avais vu pareille merveille. Ses muscles saillent comme de longs serpents, il s’élance farouche et magnifique comme une flèche de lumière dans le ciel. J’ai trouvé le dragon.
Les habitants du village, débarrassés des Quatre Sœurs, pouvaient enfin penser à leur avenir sereinement. Mais toute sérénité a une fin, et cette fin vint avec le souvenir du trésor des Sœurs ; si les villageois n’avaient pas la preuve de son existence, ils se rappelèrent de cette antique rumeur, et l’envie, nouveau vice mais non le dernier, se fit jour en leur cœur. Il fallait aller à la rencontre de la dernière des Sœurs et lui extorquer ce secret. Et par quel moyen ? Tout moyen qui serait nécessaire pour obtenir ce qu’ils voulaient. Et ils partirent de nouveau à la rencontre de l’une des Sœurs, mais avant de lui ôter la vie, il fallait qu’ils sachent.
Aussi l’expédition déjà trois fois formée franchit de nouveau la montagne, s’avança de nouveau dans la plaine, et aperçut finalement au loin la silhouette de la dernière des Quatre Sœurs. Et quand ils se rencontrèrent enfin, Nagathrem ne reconnut pas ceux qu’elle avait vus naître, ceux qu’elle avait vus grandir, ceux qui à présent se tenaient devant elle. Regard dur, regard dément, regard avide, disparue l’innocence, oubliée, enterrée. Enterrée comme ses sœurs. Elle le comprit aussitôt que les hommes du village, l’encerclant, lui crièrent qu’ils voulaient savoir, avant qu’elle meure comme Sind’erella, comme Merenwar et comme Melwasul, où son trésor était caché. Un trésor ? Oui, ton trésor ! Je n’en ai pas. Si ! Nos parents nous l’ont toujours chuchoté le soir, car leurs parents leur avaient chuchoté à l’oreille le soir, et leurs parents le tenaient de leurs propres parents, et ce bruit avait traversé toutes les générations, et ce bruit devait donc être fondé. Nagathrem eut un sourire, le premier sourire teinté d’amertume.
-Vous n’avez donc rien compris ? Notre seul trésor, c’est notre savoir, et c’était notre bonheur. Vous aussi vous l’aviez déjà, ce trésor, vous étiez heureux. Vous y avez renoncé, et c’est pour ça que mes sœurs ont fermé une ultime fois les yeux… Non, je n’ai rien à vous donner que vous n’ayez déjà eu, et, même si je le voulais, je ne pourrais plus vous transmettre ce que vous avez rejeté : votre ancien bonheur, votre ancienne innocence, votre ancienne vie.
Elle dit, et ses mots se heurtent aux visages fermés de ceux qui autrefois avaient été proches d’elle. Ils se resserrent, ils veulent lui arracher par la force son secret, et elle ne montre pas même un signe de peur. Que craindre quand on a pour soi sa conscience ? Mais eux voient leur propre malice, leur propre audace indigne jusqu’en ce qui est encore exempt de toute souillure. Déjà ils empoignent ses cheveux, déjà ils vont tenter de lui arracher un aveu qui n’a pas d’objet, mais une ombre s’étend dans le ciel, et le Soleil est masqué, et une autre lumière jusqu’alors inconnue d’eux remplace sa clarté. Le dragon fond sur eux et se pose aux côtés de Nagathrem, le dragon les écarte d’un simple mouvement de ses immenses ailes et délicatement soulève Nagathrem pour la reposer sur son échine majestueuse, et tous deux ils s’envolent vers un horizon lointain. Les hommes saisis d’effroi voient alors dans la fine poussière rouge de la terre l’empreinte de la Bête qui les avait tant terrifiés, et aussi vite que leurs jambes flageolantes le leur permettent, ils repartent vers le village, dissimulant la manière dont Nagathrem leur avait échappé et répandant ainsi parmi les leurs la malice, qui jusque là n’avait été exercée qu’entre les hommes et les Quatre Sœurs, illustres descendantes d’une lignée supérieure.
Et Nagathrem volait sur l’échine du dragon, et quand finalement ils furent arrivés à l’endroit précis où elle l’avait vu pour la première fois, il la déposa délicatement à terre. Nagathrem était anéantie, elle ne savait plus en quoi elle pouvait croire ; auparavant le monde était simple, le bonheur prévalait et régnait en maître, l’art occupait des journées, l’éloquence les longues soirées d’été ; le souci qui assombrissait son front n’existait pas, les hommes ne trompaient personne, la mort violente de ses sœurs lui était toujours apparue comme étant une chose simplement impossible. Et pourtant… La première larme coula des yeux de la dernière des Quatre Sœurs, et le dragon vers elle s’avança, car s’il avait à peine parlé aux trois autres Sœurs, à celle-ci il devait explications et réconfort.
- Je peux te mener à elles.
- A mes sœurs ?
- Oui. Le lieu où elles reposent m’est connu, car je connais chaque parcelle de cette terre.
Nagathrem leva les yeux vers le dragon. Sa voix profonde et rassurante ne parvenait même plus à secouer la torpeur qui l’envahissait. Sans un mot, elle enfourcha de nouveau l’échine du dragon, et celui-ci la conduisit à tire d’aile à un tumulus retiré, dont la terre fraîchement retournée laissait deviner le sinistre usage. Nagathrem s’assit à quelque distance, après avoir pris une poignée de poussière sur le tertre, entourant ses jambes repliées de ses bras, et ses larmes alors coulèrent librement. Le dragon se plaça à ses côtés, et, frappant la terre de l’une de ses puissantes griffes, il fit jaillir sur la tombe des trois premières Sœurs un mont rouge comme leur sang, un mont raviné comme par des larmes, un mont qui deviendrait sacré pour tous les peuples de la terre. Alors Nagathrem leva de nouveau son regard vers le dragon.
- Merci.
Le dragon sourit, pour autant qu’un dragon puisse sourire, avec une amertume réelle.
- Je quitte ma terre. Viens avec moi.
- Ta terre ?
- Je suis le garant de ton ère, et j’ai failli : notre temps est révolu, un âge plus dur, un âge de brutes et de sang s’est ouvert, et toi comme moi n’y avons plus notre place.
Le silence entre eux régna un court instant, puis il reprit :
- Les temps ont changé. Je le vois dans cette eau que tu as traversée, je le ressens dans l’air que je respire. Toi-même, qui as perdu tes sœurs, tu le sens, fille de chamane, tu le sens comme aucun humain ne peut le faire. Oui, tes sœurs reposent, et elles ne reposent plus auprès de nous. Allons, dernière survivante du temps du rêve, viens avec moi. Je t’ai menée à elles comme je t’ai menée à moi, car je suis le garant de l’ordre de ce monde, et ce monde aujourd’hui m’échappe. Seuls me restent le départ ou la mort. Viens donc avec moi, chasse la tristesse de ton regard, essuie tes larmes de tes joues et de tes yeux. Là où je vais, les étoiles tournent légères, et puis tourbillonnent, ce ne sont que nuages de glaces auxquels se mêleront nos larmes, des mirages aux creux de nos mains, et nous ne saurons plus rien, et nous ne serons plus rien, car ils nous auront oubliés, tes sœurs, toi, et moi. Je t’emmène sur l’île d’Ynis , inconnue même des plus savants de ce monde. Là-bas règne la paix. J’ai enchanté l’île pour que seuls les cœurs les plus purs y prennent pied, et j’y ai implanté les graines d’une civilisation brillante. Viens, avec moi, à ce monde de pureté.
Nagathrem ne dit pas un mot. Elle planta son regard dans celui du dragon, puis enfin, sur un signe de celui-ci, se hissa lestement sur son échine, et le dragon s’éleva dans les airs. Sentant le dernier souhait de sa cavalière, il obliqua vers la terre qu’elle connaissait, franchit d’un coup d’aile la mer, et se posa sur l’une des montagnes vers lesquelles Sind’erella la première, puis Merenwar et Melwasul étaient parties pour ne plus revenir. Alors Nagathrem baissa les yeux vers la terre. Elle reconnut ce qu’elle connaissait, et ce qu’elle connaissait lui échappa. Certes, la plaine à ses pieds était toujours bruissante de l’activité humaine ; certes, la poussière rouge était toujours soulevée par les pas de hommes et les sauts de l’agile wallaby ; certes le village où elle avait si longtemps vécu, elle et ses sœurs, avait conservé son emplacement. Mais à son entrée se dressait un fier totem représentant la scène de la mort des Sœurs, et les hommes célébraient leur victoire sur elles au son du didjeridoo arraché aux eucalyptus déjà creusés par les termites. Belle victoire, en vérité, belle victoire que celle que l’on obtient face à un adversaire désarmé, dépourvu d’intentions belliqueuses !
Nagathrem alors renonça. Elle renonça à la vie qu’elle avait menée, à la douce vie au temps du rêve, car s’ouvrait une ère où elle n’avait plus sa place. Les hommes avaient créé la violence et le mensonge, ils avaient fait leurs le voyage et l’aventure sur le modèle de l’Epopée des Quatre Sœurs, parties résolument vers la fin de ce qui existait et vers l’inconnu. Ils avaient inventé armes et meurtres, ils avaient renoncé à la pureté et à l’innocence de la vie au temps du rêve, et désormais s’ouvrait un âge où domineraient crainte et incertitude, aventure et cupidité, mort et tourment.

Levant une dernière fois les yeux vers la lueur aveuglante du ciel, les abaissant une dernière fois vers la fine poussière rouge de la terre, du sommet de cette montagne, Nagathrem embrassa du regard le monde qui changeait ; le temps du rêve était révolu, et elle s’en allait avec lui. Le dragon étendit ses ailes et s’éleva avec la dernière des Quatre Sœurs vers le Soleil.


[HJ: Fait pas Sindanarie]

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MessageSujet: Re: Les Contes et les Fables d'Ynis Witrin   Ven 11 Sep - 21:54


Chapitre II:

La légende des Vardens


Après de multiples recherches, j’ai enfin pu avoir des informations qui m’ont permis d’écrire ce que je sais aujourd’hui sur les Vardens. Bien que le premier texte qui en parle semble totalement faux, j’ai quand même décidé de le mettre.


Les Vardens



Cette créature est une des bizarreries de la nature. Certains les comparent à des animaux dotés de pouvoirs magiques, d’autres les comparent à des êtres humains spécialisés dans le combat.

Dans certaines histoires, on apprend que « Varden » était le nom d’un peuple de nomade ou d’indien qui était proche de la nature. À tel point qu’ils ont obtenu le pouvoir de se transformer en un animal réel ou imaginaire. Ce peuple de nomade était de nature très méfiante et ne communiquait que très rarement avec le monde extérieur. Ils communiquaient peu, au point qu’ils ont développé une télépathie assez particulière. Chaque individu communique exclusivement par télépathie avec les gens de sa propre race, tant et si bien qu’au fil des années, leurs cordes vocales étaient devenues parfois inexistantes ou trop fragiles pour être utilisées.
Malheureusement ce peuple de nomade a continué à voyager de plus en plus loin jusqu’à ce que tout le monde oublie leur existence, si ce n’est par des écrits.


Dans d’autres histoires le mot « Varden » est rattaché à une espèce animale assez singulière. Ces derniers n’avaient pas de corde vocale, par conséquent, ils communiquaient entre eux par télépathie. Mais ce qui les rend singuliers c’est que même s’ils appartenaient à la même race, aucun individu n’avait la même apparence, comme si chacun à sa naissance avait voulu se différencier des autres. Ou comme s’ils voulaient copier les humains. On raconte qu’ils avaient une telle volonté de les imiter qu’un beau jour chacun d’entre eux avaient réussi à avoir une forme humaine. Cet exploit était contre la nature de leur race, ce qui avait mis une déesse en colère. Le ciel s’était subitement noirci et une voix était sortie pour frapper chaque esprit de cette race.

« Puisque vous voulez tant ressembler à des humains, vous devrez leur être utile. Servez et protégez les humains jusqu’à votre mort. »

Après la prononciation de sa sentence, la déesse avait fait en sorte que chaque Varden ait en eux l’instinct de protéger quelqu’un, elle les aurait aussi dotés d’une capacité naturelle au combat et chacun pouvait instinctivement manier et matérialiser une arme. On raconte que les Vardens pouvaient communiquer par télépathie avec l’humain qu’ils avaient décidé de protéger, en plus de la communication habituel qu’ils avaient entre eux.
Des années passèrent après cette sentence, les Vardens vivaient auprès des humains qu’ils avaient choisi de protéger. Mais des années plus tard, pour une raison inexpliquée, les humains s’étaient retournés contre le peuple Varden. Il y aurait eu un génocide sans précédent et ce peuple serait tombé dans l’oubli. On raconte que la déesse fut émue par la blessure que cette race avait subie, et qu’elle décida alors de lever sa sentence pour que les survivants ne soient plus obligés de rechercher un humain à protéger. Cependant, ne plus être obligé de rechercher quelqu’un à protéger ne voulait pas dire que ce sentiment n’était plus présent le moment venu.

Les humains … Après les avoir en partie détruits, rêvaient encore de capturer un Varden pour de l’argent. C’est pourquoi la déesse permit aux Vardens d’avoir leurs propre ‘garde du corps’. Un unique Varden qui protègerait la progéniture et les adultes désirant vivre à l’écart des créatures vivantes qui leur voulaient du mal. Parmi les survivants un d’entre eux fut choisi pour surveiller de loin les agissements des humains, ainsi que d’autres créatures dotée de la même intelligence et de les tuer si nécessaire. Il restait toujours un Varden comme les autres, à la seule différence qu’il jouissait d’une très longue vie. Les années passèrent encore et le peuple Vardens s’accrut à nouveau à tel point, qu’un second avait été désigné pour aider le premier dans sa tâche de protec …


La suite du texte est inexplicablement détruite, je pense qu’elle doit expliquer la vie des Vardens au fil des années qui passent et peut-être aussi indiquer l’endroit ou les Vardens ont été vus pour la dernière fois. Cependant, ce n’est qu’une simple hypothèse.

Ces créatures sont censées être devenues nombreuses comme par le passé, alors pourquoi est-ce que personne n’en a jamais vu une seule fois ? Dans mes recherches j’avais découvert une légende. Apparemment elle doit être la dernière chose qui ait été écrite et qui pourrait concerner les Vardens, ce texte doit bien dater de deux siècles après le fameux génocide.


Mais avant que je ne vous parle de cette histoire, j’aimerais faire un petit rappel. L’yggdrasill, surnommé l’arbre monde est, d’après une légende, celui qui connecte les mondes entres eux par ces racines. Seulement, parmi les 13 racines seulement une ne connectait aucun monde, car il assurait le chemin qui permettait de se déplacer dans les diverses racines, malgré le fait qu’il soit continuellement rongé par Nidhögg, le dragon qui voulait sa destruction.
Les 12 autres racines voyageaient dans les mondes pour trouver les ressources nécessaires à la survie de l’arbre. Ce dernier se nourri de l’essence même d’un monde, c’est pourquoi les racines voyages continuellement. Assurant par la même occasion l’ouverture des chemins qui permettent de voyager dans différent monde.

[NB: Je précise bien que la légende de l’arbre Yggdrasill a été modifié à ma sauce ^ ^ La vrai => Ici




Une racine d’Yggdrasill ?




Dans une ville fortifiée, logée au creux d’un vallon, on raconte qu’une étrange racine avait subitement poussé au dessus du sol. Elle paraissait d’autant plus étrange, qu’une sorte d’ouverture de la taille d’un homme était présente.
Beaucoup de jeunes hommes allaient à l’intérieur, la tête emplie de rêves d’aventures. Seulement … Très peu d’entre eux n’en étaient jamais revenus, mais le pire … C’est que les jeunes qui étaient revenus n’étaient plus vivants … Si ce n’était que ça … Beaucoup de personnes firent circuler une rumeur comme quoi, un démon particulièrement dangereux occupait le chemin. La racine était alors devenue l’endroit à éviter à tout prix, la peur qu’elle provoquait avait amené les gens à s’inventer d’autres rumeurs de plus en plus effrayantes.

La racine était fuie, jusqu’au jour ou … 50 ans plus tard, un jeune homme se mit en tête d’y entrer. Ces proches avaient tenté de le retenir, mais rien n’y fit. Prenant son courage à deux mains, il y était entré. Quelques mois plus tard il était revenu, amputé d’un bras, accompagné d’un homme étrange et muet.

Le récit de son aventure laissa les personnes perplexes, mais fut suffisamment digne pour être mis par écrit par un vieux conteur tel que moi. Voici ce qu’elle raconte.

« Un couloir sombre et inquiétant, un bruit de fond sinistre, comme si une créature étrange rongeait continuellement l’une des parois de ce couloir. S’ensuivit ensuite, une montée interminable jusqu’à ce que le son sinistre disparaisse définitivement de mes oreilles et que je ne me retrouve au centre d’un grand croisement. Douze entrées, sans parler de celle que j’ai utilisée pour venir. J’en ai choisi une au hasard et je l’ai parcourue. Tout comme le couloir précédent, il faisait sombre, mais il n’y avait aucun bruit.
Le couloir a débouché au pied d’une grande falaise, non loin de là se trouvait un petit village de pêcheur. Les habitants ne parlaient pas la même langue que moi, mais j’avais réussi à faire comprendre par geste que j’avais besoin de vivres. Ils m’ont fait alors travailler pour pouvoir gagner ce que j’avais demandé, ils étaient fort aimables malgré ce problème de la communication.
Poussé par la curiosité, j’ai exploré d’autres couloirs pour y découvrir des lieux totalement différents à chaque fois. Si différents que j’avais fini par atterrir dans une ville assez dangereuse la nuit. C’est là que j’y ai perdu mon bras alors que je me défendais pour sauver ma propre vie. Anéanti par la douleur, je réussi quand même à m’échapper et à retourner dans la racine.
J’ignore ce qui c’est passé, tout était flou et obscur pour moi. Je me souviens m’être réveillé sur une paillasse, un jeune homme à mon chevet. Je me souviens avoir assisté à une bagarre, mais j’ignore quelle en fut l’issue. Plus tard quand je fus suffisamment reposé pour pouvoir reprendre ma route, le jeune homme qui était à mon chevet m’accompagna. La chose étrange dans ce monde, c’est que beaucoup des habitants semblaient être muet. J’étais retourné aux intersections, j’avais encore des couloirs à visiter, mais un trio de vieilles femmes s’est dirigé vers moi. ‘Ton destin se trouve dans ton monde natal, rentre.’ Etrangement, j’ai suivi cet ordre et je suis rentré chez moi. Le lendemain de mon retour la racine n’était plus présente. Poussé par la curiosité j’avais fais des recherches sur cette chose, mais en vain …
»


J’ai longuement questionné l’homme qui l’accompagnait, seulement il ne répondait à aucune de mes questions me faisant comprendre par la même occasion qu’il était muet. Quand au jeune homme, il se contenta de dire qu’il appartient à une race ayant la capacité de prendre l’apparence d’un animal réel ou imaginaire. Chaque individu ayant sa propre apparence animal qui ne ressemble à aucun autre de son entourage proche ou lointaine.

[HJ: From Isaac Sagara]

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